La Colonie réformée Francaise de Fredericia

Résumé:

 

La colonie réformée francaise de Fredericia n'a pas de rapports directs avec l'émigration de 1685. Ce n'est qu'en 1719-20 qu'elle a été fondée par le roi Frédéric IV. Cet établissment n'est pas un acte de miséricorde religiuese, mais c'est l'effet d'un plan d'économie nationale: en effet, le roi voulait créer une plantation de tabac qui pût à l'avenir suffire aux besoins du Danemark.

La réalisation de ce plan ne devait pas répondre à l'attente. Ce n'est que par exception (1776-83: guerre d'Amérique; 1813-14: guerre de Napoléon, 1917-18: Grande Guerre) que la production danoise a  été supérieure à 100.000 kilos par an, tandis que la consommation anuelle dépassat dès le XVIIIe siècle 1 milion 500.000 kilos. Jusqu'en 1783, des mebres de la colonie allaient dans dàutres villes du royaume pour y enseigner la culture du tabac; de 1783 à 1864 environ, Fredericia était le seule ville danoise qui produisît du tabac; après 1864, la culture de cette plante cessait à Frederiica, parce que la production du lait et de la viande devenait d'un rapport plus avantageux; par contre, les paysans de la Fionie occidentale entreprirent cette culture jusqu'à ce qu'un trop forte imposition y mît fin en 1920.

La colonie était formée de paysans venus des colonies francaises de le région entre Berlin et Stettin (Bergholz, Gross- et Klein Ziethen etc., parce qu'ils étaint mécontents de vivre là bas, et parce que Frédéric IV les avait invites à venir en Danemark. En 1719 arrivait une députation de trois paysan, Jacob Devantier, Daniel Le Blond, et Paul d'Arrest, pur s'y orienter, et après une tournée dans le Jutland, ils décidaint d'établir la colonie de Fredericia, sous réserve de certains priviléges èconomiques et religieux, exemtion de taxed, etc. Paul dÁrrest restait pourtant en Brandebourg. Les premiers membres de la colonie arrivaient pendant le printems 1720; en 1721, 36 familles s'étaint fait délivrer une patente à Fredericia, mais une partie allait dans d'autres villes danoises; au cours de cette année, l'établissement de la colonie était considéré comme terminé, et si elle a accepté plus tard des planteurs immigrés, ce n'est que exception.

La colonie n'a jamais été grande. En 1722, elle ne comptait pas 150 habitants, et même lorsqu'elle atteignit son maximum aux environs de 1850, elle ne dépassait pas le chiffre de 500 membres. Pourtant, les familles étaint fécondes: en 1748, le nombre des enfants par famille était supérieur de 50 p. C. à celui des familles danoise. En 1722-1919 le nombre des baptêmes dépassait de 909 individus celui des enterrements. L'excédent ne pouvait pas subsister dans la colonie et passait dans d'autres villes du pays. Les colons atteignet un âge considérablement plus élevé qu'ordinairement en Danemark.

    Déjà à l'arrivée, en 1720, les familles étaient unies par des liens de parenté, avec la famille Devantier au centre. La colonie n'était donc pas formée par un choix arbitraire, maix c'était avant tout une entreprise familiale, Devantier était originaire du Hainaut, et la plupart des familles venaient des contrées franco-belges (Hainaut, Calais), d'oû elles s'étaient enfuies en 1662-86: les autres familles étaient issues de l'Est et du Midi de la France. Elles s'étaient réfugiées en Palatinat et de là en Brandebourg en 1685 et 1686. Ce son encore de nos jours les familles de la Belgique et du Nord de la France qui dominent à Fredericia, tandis que les autres familles ont pour la plupart quitté la ville ou sont éteintes. Les difficultés de l'acclimatation ont considérablement varié dans les différentes familles. On ne peut pourtant pas dire que celles du Midi étaient plus faibles que celles du Nord; par contre le nombre des enfants était plus grand das ces dernières. Les 150 premières années, les familles s'entre-mariaient pour des raisons économiques, sans qu'on ait pourtant pu en signaler avec sûreté des suites pathologiques, l'était de santé étant excellent. De nos jours, les mariages entre les familles francaises sont très rares.

    Les affaires de la colonie (questions relatives aux terres, aux taxes et à la plantation) étaient administrées en commun par toute la colonie dans trois assemblées générales par an; chaque chef de famille avait le devoir de s'y rendre. La colonie avait recu gratuitement une pièce de terre (en 1720: 23 ha, à partir de 1743: 36 ha) et disposait, moyennant un payement annuel à la caisse de la ville, d'un autre petit terrain. Chaque famille recevait un lot égal à celui des autres et payat un loyer annuel au caissier de la colonie; celui-ci en était le-seul fonctionnaire, mais il n'avait pas d'autorisation pour agir au nom de la colonie; s'il était indispensable pour le règlement d'une affaire, les assemblées désignaient des députés, dont les pouvoirs d'agir au nom de la colonie cessaient dès que l'affaire était réglée. De cette manière, la colonie n'avait aucon représentation permanente. Une résolution royale de 1863 instituait le consistoire en cette qualité; mais ce consistoire représentait la communauté, non la colonie. En 1889, les assemblées de la colonie étaient remplacées par des assemblées paroissiales. En 1934, la communaité entrait définitivement en possession de la terre donnée à la colonie. A l'égard de la ville, la question de la colonie avait été liquidée dès 1905, lorsque la commune de Fredericia racheta à la colonie contre indemnité son droit de disposition de la terre datant de 1720. La position particulière de la colonie dans l'État danois en matière sociale, religiuse et économique prit fin avec la Constitution de 1849. Désormais, la colonie n'existait plus au point de vue de l'administratin de l'État. Ainsi, la colonie a été graduellement liquidée depuis 1849, et son existence cessa en 1934.

Conformément à la Discipline, les colons s'organisèrent tout de suite en communauté réformée avec Consistoire, école et service religieux, dirigés par l'un des colons jusqu'à ce qu'un pasteur fût institué en 1722; le service était célébré dans une salle chez un des bourgeois jusqu'à la construction du temple en 1735. La somme nécessaire pour l'érection provenait d'une quête en Danemark, en Allemagne, en Hollande et en Belgique (Synode wallonne). Plus tard, le roi et quelques grands financiers réformés francais (huguetan, Desmerciers, Brettonville, etc.) établissaient un fonds pour le traitement du pasteur. Tandis que la colonie restait une société fermée, la communaité s'ouvrait à tous les réformeés du Jutland; les services et les communions étaint fréquentés par des Allemands, des Hollandais, et des Francais, hommes d'affaires, militaires et nobles ; la colonie de planteurs formait toutefois le noyau de la communauté, et les membres du consistoire étaient toujours choisis parmi les colons, de même que le capital de la communauté était engagé sous forme d'hypothèques auprès des colons. La communauté entra en 1934 en possession des terres de la colonie; elle a ses propres taxes pour le traitement du pasteur et les frais de l'école; par la Loi sociale de 1933, l'assistance aux pauvres passait à la charge de la commune de Fredericia. Depuis 1870 un nombre considérable des familles ont changé de religion pour devenir luthériens ou catholiques.

Voice la liste des pasteurs: 1722-28 Jean Martin, 1728-32 David Moutoux, 1733-39 Jacques Bovet, 1740-82 Moïse Hollard, 1785-1811 Jean Marc Dalgas, 1812-14 J. Zilz, 1816-17 Jean Étienne Coulin, 1818-21 Jules Charles Rieu, 1823-43 J.V.W. Stahlschmidt, 1843-70 G.C.W. Stahlschmidt, 1871-83 J. J. Schwarz, 1883-97 J. Ludwig, 1899-1938 W. Staehelin, 1938- H.A. Aillaud.

De ces pasteurs il faut signaler Martin, qui avait été pasteur à Copenhague depuis 1713; pour un Francias, il avait une connaissance extraordinaire du droit, de la langue et des mæurs du pays, et il sut liquider d'une manière excellente les difficultés des premières années si importantes pour la colonie. - Le très énergique pasteur Dalgas fut l'aïeul d'une familie qui eut au cours du XIXe siècle une importance particulière pour la culture danoise: ce fut un Dalgas qui eut, après 1864, la conduite du défrichement des landes jutlandaises, et il est considére comme le héros national du Jutland moderne; un autre Dalgas a crée réputation mondiale de la Manufacture royale de porcelaine danoise; une fille du pasteur, mariée au comte Stampe de Nysæ, réunissait dans son salon, le dernier à la manière francaise, les célébrités de son temps, Grundtvig, le conteur H.C. Andersen et, surtout le sculpteur B. Thorvaldsen. - Rieu, l'ami des Monod, ne fut empêché que par une mort prématurée (à 28 ans) d'être cité parmi les plus grands pasteurs de son siécle. Après sa mort, il n'était plus possible de faire venir des pasteurs francais pour le petit troupeau perdu au nord de l'Europe, et à partir de 1823 cette Petite France n'avait plus de contact immédiat avec la patrie. Parmi les pasteurs allemands ou suisses, il faut nommer J. Ludwig, auteur d'une histoire de la communauté et d'une excellente et complète collection de tableaux généalogiques s'y rapportant.

Outre les terres de la colonie, les colons cultivaient des terrains beaucoup plus vastes, que les différentes familles achetaient comme propriétés ou louaient aux bourgeois danois contre participation au revenu suivant le principe francais "à moitié" ("à demi"), inconnu au Danemark, mais qui restait désormais rattaché à la culture du tabac de la Fionie occidentale. A côté de la culture du tabac, les colons pratiquaient une culture intensive des champs, qui servait de modèle aux autres paysans de la contrée, faisait augmenter les prix des terres et contribuait à la liquidation, en 1770 et ss., de la traditionelle culture en commun des villages danois, qui inaugurait l'époque des grandes réformes agricoles. Par les colons de Fredericia, Sully et Colbert coopéraient ainsi à la fondation de l'agriculture moderne du Danemark, basée sur le principe de la culture intensive.

On a lieu de supposer que ce sont les colons qui ont introduit en Danemark la culture des pommes de terre; ils en envoyaient des quantités considérables à Copenhague jusqu'en 1846, quand la culture fut arrêtée par la peste des pommes de terre, par la guerre de 1848-50 (révolte du Slesvig-Holstein) et par les nouvelles conjonctures qui invitaient à la production du lait et de la viande. Les colons ont introduit la culture du froment dans cette partie du Jutland; ils étaient les premiers en Danemark à cultiver les raves, employées seulement dans le ménage, ainsi que les pommes de terre; au commencement, ils plantaient beaucoup de légumes francais comme des artichauts, des asperges, des panais, etc., mais plus tard ils apprirent à s'en passer. Les colons aimaint planter des arbres et ils embellissaient par là la ville, déjà si admirablement située; il convient de rappeler que les grandes plantations dans les landes du Jutland sont l'æuvre de la Société de la culture des landes (Det Danske Hedeselskab), fondée par trois hommes d'origine francaise: Mourier-Petersen, Morville et Dalgas.

Jusqu'aux environs de 1900, la colonie continuait de contraster avec le reste de la ville, ou on parle encore du "quartier réformé", ou, moins officiellement, "Persilleegnen" - la "contrée du persil"; on taquinait les calvinistes en les qualifiant de "Kalmouks", cela n'empêchait pourtant pas qu'on ne trouvàt beaux ces gens aux yeux bruns et aux cheveux noirs ondulés: "le type réformé" (certaines familles comme les Devantier son toutefois blondes); leur quatier était ravagé en 1821 par une épidémie typhique, dont mourut le pasteur Rieu, et qui provenait sans doute de l'infection d'un des puits, situé près d'un cimetière; on l'appelait "la maladie réformée". On parlait du "rire réformé", qui était plus intense que celui des Danois.

La colonie avait des procès interminables avec la commune à cause de terres; les colons étaient jaloux de ce qu'ils considéraient comme leur droit juridique. Ils surveillaient mutuellement leurs dispositions et arrivaient au cours du XIXe siècle, grâce à une économie sévère, à une aisance générale, malgré les crises sérieuses des environs de 1740, de 1783 et de 1816. La vitalité francaise, qui, pendant certaines périodes trop favorables, menacait de mener à un abaissement des mæurs, était disipliné en partie par une surveillance réciproque, en partie par une sévérité religieuse, et sur ce point, l'action du pasteur Rieu était particulièrement heureuse. Les fêtes de la colonie n'étaient pas nombreuses, mais gaies: excursions en été, fêtes de Noël, etc. Quelques jeux traditionnels florissaint encore après 1900, par exemple la casse des æufs à Pâques (la jeunesse s'assemblait dans un bal, les jeunes filles apportaient des æufs, et servaient des omelettes); au carnaval, les garcons avaient le privilège de faire sortir les filles du lit à coups de bâton; dans les réunions privée, on dessinait des carricatures et y ajoutait des vers, souvent bien malicieux (ce jeu indique peut-têtre une origine belgo-flamande). Dans le ménage dominaient les légumes et surtout les potages comme un reste de la cuisine francaise.

Les noms de famille forment toujours un souvenir vivant de la patrie. En comparaison de toutes les autres colonies de réfugiés, celle de Fredericia est la seule à conserver les noms de famille en francais; en Allemange, en Hollande, en Angleterre, ils ont été traduits dans la langue du pays. Cela s'explique par le fait que, le Danemark n'ayant pas participé aux guerres contre la France, aucune haine nationale n'y a motivé ces traductions.

The original text in a pdf fil i available her